Révolutionner l’immobilier d’entreprise par Jules Ferry

Jules Ferry – philosophe et Cécile Tricault – country manager France chez Prologis évoquent les tendances à venir en matière d’immobilier lors de la table ronde animée par Dominique Rizet dans le cadre des journées digitales de l’immobilier 2020. La gestion des programmes est au cœur de la problématique. Il s’agit de repenser les lieux de vie, de travail, de loisirs et d’éducation.

 

Selon Jules Ferry, la révolution de l’immobilier d’entreprise suppose une transformation de son industrie. Pour s’inscrire dans la réalité économique, elle devra générer des solutions positives à l’image du concept : cradle to cradle*.

revolutioner-immobilier-dentreprise-par-jules-ferry

Issue de la culture de l’économie circulaire, la formule prône une croissance infinie vs une pollution maitrisée grâce à la logique du surcyclage. Il s’agit de la capacité à concevoir des objets qui peuvent être désassemblés après usage pour être réutilisés. Une révolution dans la façon d’entreprendre.

« Une vision positive voire révolutionnaire qui rapporte de l’argent selon les partisans d’une économie plus circulaire » précise Jules Ferry, invité d’honneur des Journées digitales de l’immobilier d’entreprise.

 

Eco-modernisme : premier levier de croissance selon Jules Ferry 🏹

Le principe est de penser « recyclage » dès la fabrication lors du choix des matériaux. Il est préférable de ne plus les mélanger pour les réutiliser par la suite dans d’autres situations.

 

La nature n’a pas de poubelle et pourtant elle se régénère sans cesse. De même, le modèle du recyclage infini est prometteur d’une croissance infinie. La décroissance quant à elle ne marche pas. Elle n’est faite que d’injonctions négatives et de contraintes qui freinent l’innovation.

 

Le monde de l’immobilier doit s’inspirer de la métaphore pour s’adapter à son environnement et aux nouvelles tendances. Le risque sanitaire ne fait qu’accentuer une attente : rendre le bureau plus attractif que jamais même dans un contexte de télétravail. Ce lieu doit devenir « désirable ».

 

jules-ferry-revolutioner-immobilier-entreprise

Plus de temps pour la famille ? Un panachage entre bureau et « maison » 💼🛀🏽

L’économie du bonheur est le premier levier à la sortie de crise puisqu’il évalue le sentiment de satisfaction et la capacité de tout un chacun à pouvoir surmonter ses contraintes. Or, la première angoisse de tout salarié est le chômage.

Avoir un bureau convivial est donc synonyme de respect et de confort qui incite le personnel à s’investir et à produire durablement. La création de terrasses, d’espace de convivialité ou d’intimité donnent lieu à des espaces de vie attractifs qui fédèrent les équipes.

« Ces choix immobiliers impactent la rentabilité de l’entreprise car les salariés heureux produisent de meilleurs résultats » confirme Jules Ferry. Et de préciser : « Ces lieux de travail sont tellement importants que c’est là qu’on rencontre relations, époux.se et ami.e.s. Où se noue et se dénoue l’essentiel de la vie sociale ». En résumé, on ne peut pas vivre sans travail !

 

jules-ferry-revolutioner-immobilier-entreprise

Les programmes immobiliers au cœur des modes de vie 🎯

Dans un monde sans grands récits, la question du souci de soi et du bien-être sont les questions les plus importantes qui soient. Elle percute inévitablement le monde du travail ; pas toujours soucieux des conditions de travail des salariés. Ainsi, les locaux se retrouvent au cœur d’une politique de ressources humaines engageantes.

 

Or jusqu’à présent, l’immobilier d’entreprise était confronté à des croyances fortes : « c’est moche ; c’est carré, pas entretenu… ». Comment les transformer ? Les organisation « low cost » n’ont plus qu’à revoir leur politique…

 

L’enjeu est de faire des immeubles et des locaux professionnels, des lieux de travail agréables. Les pistes sont nombreuses :

  • Développer les fonctions digitales des bâtiments
  • Diminuer l’impact environnemental (impact bas carbone des immeubles)
  • Travailler sur les énergies, le rejet et la collecte des eaux
  • Favoriser la biodiversité sur les sites
  • Optimiser les lieux d’implantation sur la « dorsale » française en créant des liaisons avec les lignes européennes et les zones portuaires
  • Limiter l’artificialisation des sols et privilégier les sols « pleine terre »
  • Favoriser les circulations avec et dans les villes
  • Travailler sur les espaces communs : concept de « park life » pour attirer les talents et attirer une main d’œuvre qualifiée
  • Ouvrir les constructions sur l’environnement
  • Créer des espaces lumineux

 

jules-ferry-revolutioner-immobilier-entreprise

 

D’un point de vue architectural, les programmes immobiliers doivent prendre en compte l’environnement. Des bâtiments plats, cachés dans la nature, élégants et lumineux sont plébiscités. La qualité de l’aération est également essentielle. Elle doit garantir la qualité de l’air tout en étant silencieuse.

 

Les entrepôts logistiques sont au cœur de la mutation attendue. Il faut penser robotisation et digitalisation pour faciliter le travail de l’homme. Le métier de logisticien est contraignant physiquement. Des locaux adaptés aux manœuvres et aux tâches répétitives facilitent l’activité commerciale. La rentabilité de l’entreprise n’en est que meilleure.

 

L’organisation des espaces est d’autant plus importante que dans ces métiers, le télétravail n’est pas envisageable. Or on a pu le mesurer pendant le confinement, il est indispensable de maintenir une chaine d’approvisionnement fonctionnelle de l’entrepôt jusqu’à la destination finale.

 

Ancien et nouveau monde : faut-il déconstruire ? 🏗

Demeure toujours l’éternel débat de l’innovation et de la digitalisation. Le secteur de l’immobilier connaitra-t-il des révolutions ? Certainement. Le domaine du bâtiment en premier lieu car c’est un secteur polluant qui doit rénover ses pratiques. Le recyclage de friches industrielles avec une « âme » ou l’écoconception des matériaux vont devenir les fondements d’une construction moderne et intégrée dans son environnement.

 

On constate également que les centres villes sont « ravissants » alors que les banlieues sont « laides ». Ces constructions datent d’une époque pendant laquelle il fallait construire « au plus vite, au moins cher et au plus rentable » rappelle Jules Ferry.

 

Aujourd’hui, les ensembles urbains doivent donner lieu à des villes vivantes avec des fonctionnalités intelligentes et passives composés d’espaces de vie cohérents qui interagissent entre eux.

 

« L’écologie positive, c’est faire des économies d’énergies considérables tout en rendant la vie des gens agréable. L’ingénierie écologique est indispensable au processus de transformation. Il faut tester de nouveaux concepts avant d’essaimer » martèle Jules Ferry.

 

A chaque époque, ses attentes. Aujourd’hui, le bien-être et le confort d’usage sont des sujets traités dans le monde entier bien que les réponses ne soient pas les mêmes. L’adaptation reste de mise. Que l’on construise autour de la végétation, avec du bois ou de la pierre, ou des terrasses… l’esthétique doit être au centre de la réflexion. L’architecture des banlieues d’aujourd’hui est le résultat d’une incompréhension des besoins et des modes de vie des habitants. Il est indispensable d’en tirer les leçons.

 

Le travail en province ? Faut-il se déconcentrer ? 🌾

La crise du coronavirus laisse penser que Paris et son agglomération vont se vider un peu plus de leurs habitants. Il y aura certes des mouvements mais l’important n’est pas tant de définir leur ampleur mais bien de les accompagner. L’étude du plan de déplacement et du maillage du territoire donne de l’élan à bonne politique immobilière. S’adapter à chaque situation, c’est adapter son offre dans une logique de développement des services et des modes doux.

 

Habitants, travailleurs, visiteurs, personnes à mobilité réduite ou accompagnées … doivent pouvoir circuler de manière fluide et accéder aux services qui correspondent à leurs usages. ll vaut mieux organiser les espaces que les laisser s’organiser. Un panachage entre locaux professionnels et usages de la vie quotidienne facilitera la vie de tous !

 

Et vous, quel est votre prochain programme immobilier ?

 

En savoir plus :

Visiter le SIMI en décembre 2020 – Se réinventer ensemble et mixité des usages sont au programme.

* Cradle to cradle signifie littéralement du berceau au berceau. Il s’agit d’un concept d’éthique environnementale ou de philosophie de production industrielle qui intègre une exigence écologique « zéro pollution » et 100 % réutilisé à tous les niveaux de conception d’un produit.

* peinture sans COV : peinture sans composés organiques volatils